Quelle stratégie face à la grippe aviaire ?

Dans un communiqué du 12 décembre, la société Boehringer Ingelheim affirme obtenir des premiers résultats convaincants sur son vaccin contre la grippe aviaire.

Ceva Santé Animale indiquait avoir des résultats encourageants lors du SPACE en septembre.

Boehringer Ingelheim et Ceva Santé Animale sont les deux sociétés qui présentent des candidats vaccins contre la grippe aviaire sur les palmipèdes. L’ANSES (Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale) et l’école vétérinaire de Toulouse ont démarré les tests en mai, ils ont pour but de vérifier l’efficacité clinique des vaccins et leur capacité à réduire l’excrétion (l’impact et la diffusion du virus) dans l’environnement.

Ces résultats prometteurs permettent aux éleveurs d’envisager un avenir plus serein et d’envisager une sécurisation des filières et assurer l’autonomie alimentaire nécessaire.

Faisons un retour sur cette pandémie de grippe aviaire qui touche nos élevages de volailles de manière dramatique.

Depuis l’automne 2021, l’épidémie de grippe aviaire connait un emballement sans précédent. En France, plus de 20 millions de volailles ont été abattues, le cout direct est estimé plus d’un milliard d’euros. A côté de cela, elle pèse énormément sur le moral des éleveurs de volailles.

Qu’est-ce la grippe aviaire ?

La grippe aviaire ou influenza aviaire (appellation normalement dédiée aux animaux) est une maladie animale très contagieuse causée par des virus de type A, qui peuvent infecter de très nombreuses espèces d’oiseaux sauvages et d’élevage.

On distingue communément deux catégories de virus selon leurs caractéristiques de virulence pour les oiseaux : les virus faiblement pathogènes (IAFP) et les virus hautement pathogènes (IAHP), ces derniers appartenant tous aux sous-types H5 ou H7. Sous sa forme hautement pathogène, la maladie se propage très rapidement chez les oiseaux et entraîne une mortalité très élevée, avec des conséquences importantes tant dans les élevages que pour la faune sauvage. 

La propagation du virus se fait par :

  • les oiseaux migrateurs (oies et canards en particulier) le long des voies migratoires (donc plutôt localisé à des pays présents sur ces axes)
  • les échanges commerciaux d’oiseaux vivants (dans ce cas, à l’échelle mondiale)
  • entre élevage, notamment dans les zones où les élevages sont très concentrés (dans ce cas à l’échelle locale).

La transmission entre oiseaux peut se faire par la voie respiratoire et digestive. Elle se fait donc:

 directement par des contacts rapprochés entre individus : respiration ou par les fientes

indirectement par l’exposition à des matières contaminées accessibles aux oiseaux : nourriture, eau ou autres matériels

Il n’existe pas de traitement contre cette maladie.

Arrivée du virus en France :

Plusieurs souches ont évolué depuis son indentification au début des années 1960. Le virus (souche H5N1) a été détecté pour la première fois à grande échelle en Asie à la fin des années 1990 puis au Moyen Orient.

En Europe, on le détecte pour la première fois fin 2005 en Roumanie, probablement transmis pour les flux commerciaux d’animaux vivantes. En France, il apparait en février 2006 dans l’Ain.

Après quelques années de répit apparent, de nouveaux épisodes se sont produits lors de l’hiver 2015/2016 avec la détection d’une nouvelle souche H5N8, lié aux mutations de ce virus. 4 Millions de canards et d’oies avaient été abattus dans le Sud Ouest. La fin de l’épidémie avait cependant été déclaré le 5 mai 2017.

A nouveau, à l’automne 2020, des oiseaux migrateurs sont déclarés potentiellement porteurs du virus H5N8. 3.5 Millions de palmipèdes disparaitront à nouveau dans le Sud Ouest. La France est déclarée indemne en septembre 2021, mais dès novembre des foyers apparaitront dans le Nord de le France, ouvrant la porte à l’épidémie actuelle.

Elle s’est répandue à des territoires jusqu’alors peu touchés comme la Vendée et a entrainé les conséquences que l’on connait.

L’autre nouveauté est qu’elle a persisté au cours du printemps et de l’été, accélérant son déploiement.

Depuis son apparition en France et encore plus depuis l’épizootie de 2016/2017, la stratégie de protection en France s’appuie sur la surveillance, les mesures de désinfection, le confinement et l’abattage des animaux infectés.

Cette stratégie atteint ses limites.

Pourquoi attend-on pour vacciner ?

La grippe aviaire est une des seules à devoir obéir à des règles internationales sanitaires et commerciales drastiques. Elles obligent les pays exportateurs à démontrer que le virus est absent.

La France donc comme la grande majorité des pays dans le monde ne vaccine pas. La raison a cela est que vacciner suppose une acceptation du fait que le virus circule dans le pays et que cela bloque l’exportation des volailles dans les autres pays.

La France est historiquement un pays exportateur de volailles. Jusqu’alors, l’épidémie était concentrée dans le Sud-Ouest et la filière canards de ce secteur. Les palmipèdes sont plus soumis à l’infestation que les poulets.

Les autres zones productrices de canard notamment la Vendée n’était pas touchées et aussi peu que les régions productrices de poulets pour l’exportation (Pays de la Loire, Bretagne).

La filière poulet représente un poids 20 fois supérieur à la filière foie gras à l’export. En quelque sorte, la filière foie gras Sud-Ouest était un peu sacrifiée.

Le cout de la vaccination à grande échelle a certainement été un frein jusqu’alors.

L’ampleur de l’épidémie actuelle a changé la donne. Les élevages très concentrés en Vendée ont été très touchés. D’une part, cela impacte de fait les exportations et d’autre part la disponibilité en poussin et canetons. Cette région est le berceau des volailles en France.

Par ailleurs, sur la même période récente, d’autre pays que la France sont aussi sérieusement touchés. L’épidémie s’est mondialisée, aux Etats-Unis par exemple, 50 Millions de volailles ont été euthanasiées depuis l’automne 2021. Un chiffre de 5 Millions est relevé au Canada. En Europe, c’est plus de 50 Millions à ce jour.

L’Afrique est elle aussi plus touchée, même s’il est difficile de trouver des chiffres faibles. Seule l’Amérique du Sud semble indemne à cette date.

La mondialisation de l’infestation pousse à la remise en cause de la stratégie de non-vaccination.

Et demain ?

L’ANSES plaide pour la combinaison de plusieurs actions :

– le respect strict des règles de biosécurité

– la claustration des volailles à l’automne et l’hiver, quand le risque de contamination par la faune sauvage est au plus haut, des dépistages réguliers

– la vaccination.

– la réduction la densité des élevages (leur proximité et le nombre de volailles par ferme).

Finalement, ce sont des règles de bon sens que l’on a appliqué dans le cadre de l’épidémie de coronavirus pour l’homme.

Les gestes barrières (biosécurité) que sont la désinfection aux contacts des volailles, que pourraient être demain des volières pour protéger les oiseaux d’élevages des oiseaux migrateurs (comme sont les masques pour l’homme). On ne va pas éternellement empêcher les animaux de courir, manger et respirer l’air frais. Promouvoir le bien-être animal et faire vivre un oiseau à l’intérieur devient contradictoire. Les éleveurs qui subissent les confinements voient bien que les volailles deviennent plus agressives, qu’elles se nourrissent moins bien.

La claustration ou confinement quand le niveau de contamination devient trop élevé.

La déconcentration des élevages trouve son pendant dans le fait que pour réduire la contamination chez l’homme, on lui demande moins de proximité dans les bureaux ou les transports en commun.

Enfin, le vaccin pour arrêter d’euthanasier en masse des animaux. Même les plus sceptiques sur la vaccination pour l’homme n’aurait pas accepté une telle mesure sur l’homme.

En Europe, seul un vaccin a une AMM (autorisation de mise sur le marché). Il est autorisé pour les poulets (Gallus) depuis 2006.

Il est utilisé dans les zoos sur les oiseaux depuis cette date en période d’épidémie. Cependant son évaluation sur d’autres espèces n’a pas été faite et peu de données existent.

D’autres vaccins existent dans le monde, mais n’ont pas fait l’objet d’évaluation sur leur sécurité et leur efficacité par l’Union Européenne.

Par ailleurs, nous le voyons dans le cadre du coronavirus, produire un vaccin prend du temps, les stocks du vaccin aujourd’hui autorisé sont trop faibles, la mutation du virus régulière implique d’adapter le vaccin aux souches en circulation.

La mise en œuvre de la vaccination apparait possible en fin d’année 2023. L’ANSES préconise des mesures de contrôle de la contamination sur les élevages vaccinées pour mesurer la circulation du vaccin. Des protocoles spécifiques existants (DIVA) peuvent être mis en place pour cela. L’agence conseille aussi de prioriser les élevages de sélection tout comme les élevages de plein air. Elle indique aussi que les palmipèdes sont l’espèce la plus sensible au virus et la plus contaminante et qu’il convient d’évaluer une politique de vaccination pour cette espèce.

Le vaccin apportera un plus et une sérénité. Il faudra accepter de ne pas baisser les bras sur les autres mesures et continuer la détection.

La France est certes un pays exportateur, mais il est dans la balance aussi fortement importateur (deux plus que les exportations). La notion d’autonomie remet en cause de modèle, les orientations à venir favoriseront les productions locales.

La France est par ailleurs en pointe au niveau de la génétique en volailles, ce secteur reste à protéger, c’est d’ailleurs une recommandation de l’ANSES.

Des solutions CABI pour réduire l'impact et la diffusion de la grippe aviaire

Cabi group supporte le bien-être animal et donc soutient la déconcentration des élevages et la protection des élevages plein air.

Nous proposons des solutions pour réduire l’impact et la diffusion de la grippe aviaire :

  • Des poulaillers fixe et mobile fournis en kit et facile à monter. Cela permet de réduire la concentration dans un grand bâtiment d’élevage.
  • Des sas sanitaires pour éviter l’infestation des élevages par les humains
  • Des silos d’aliment déplaçables sur roue. Ce matériel permet d’éviter aux camions livrant l’aliment et qui passent dans chaque ferme d’être au contact du poulailler et donc d’être des potentiels vecteurs du virus.

Nous travaillons sur d’autres solutions qui permettront de réduire les risques dans les semaines qui viennent.

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